Un lecteur installé à Dubaï Marina ou à Abu Dhabi peut légitimement se demander pourquoi une page entière lui est consacrée. Il ne paie pas d’impôt sur ses revenus de placement, pas d’impôt sur la fortune, pas de droits de succession. Un compte-titres chez un bon établissement semble suffire.
Trois raisons expliquent que les familles fortunées des Émirats ouvrent néanmoins des contrats luxembourgeois, souvent après quelques années sur place. La première est le temps : la résidence émirienne est rarement définitive, et le jour où la famille s’installe à Paris, Lisbonne, Milan ou Madrid, un portefeuille détenu en direct devient imposable au premier euro de plus-value, alors qu’un contrat d’assurance-vie arrive avec son antériorité et son régime de différé. Un contrat ouvert à Dubaï en 2026 aura huit ans en 2034, où que vive la famille. La deuxième est la transmission : le droit successoral émirien n’est pas celui d’un Français, et une clause bénéficiaire exécutée par un assureur européen évite une partie des difficultés décrites plus bas. La troisième est la protection : le triangle de sécurité luxembourgeois et la supervision du Commissariat aux Assurances offrent un cadre que beaucoup préfèrent à une détention directe dans un établissement local.
Le contrat est aussi un instrument de consolidation. Les familles des Émirats ont souvent des actifs dans plusieurs pays et plusieurs banques ; un fonds interne dédié permet de confier l’ensemble à un gérant choisi, dans une seule enveloppe, avec un seul relevé.
Les Émirats n’appartiennent ni à l’Union européenne ni à l’Espace économique européen : la libre prestation de services ne joue pas. L’assureur luxembourgeois intervient sur la base de ses propres règles d’acceptation et du droit local ; il n’exerce pas d’activité d’assurance aux Émirats au sens de la réglementation locale, mais accepte un souscripteur qui y réside. Dans la pratique, les grandes compagnies acceptent couramment les résidents des Émirats pour les contrats importants, avec des exigences renforcées de connaissance du client et d’origine des fonds, et parfois des restrictions sur certains supports.
La question à poser à chaque assureur, avant toute chose : « Acceptez-vous un souscripteur résident des Émirats, et continuerez-vous à servir le contrat s’il s’installe ensuite en France, en Italie ou en Suisse ? » Les réponses varient d’une compagnie à l’autre, et notre page sur le non-résident explique pourquoi cette portabilité est le vrai critère de choix.
Les citoyens américains et les détenteurs de carte verte, nombreux à Dubaï, sont refusés par la quasi-totalité des assureurs luxembourgeois. Un contrat luxembourgeois ne convient pas à une US person.
Pendant la résidence émirienne, aucun impôt n’est dû sur le contrat : ni sur les arbitrages, ni sur les rachats, ni sur le capital décès. Les Émirats ont introduit un impôt sur les sociétés en 2023 ; il ne concerne pas les personnes physiques pour leurs placements personnels. Le contrat n’apporte donc rien fiscalement tant que la famille reste sur place, et personne ne devrait le présenter autrement.
Tout se joue au changement de résidence. Si la famille s’installe en France, le contrat devient celui d’un résident français : rachats imposés au prélèvement forfaitaire avec prélèvements sociaux, abattement annuel après huit ans, déclaration 3916 à partir de la première année de résidence, régime de l’article 990 I au décès. L’antériorité acquise aux Émirats compte intégralement. Notre page sur la fiscalité du contrat en France décrit ce régime.
Si la famille choisit un autre pays d’Europe, l’assureur adapte le contrat au droit local : Portugal, Italie, Espagne ou Belgique ont chacun leur régime, décrit dans les pages de cette série. Le contrat n’est pas dénoué ; il change de régime fiscal avec son souscripteur.
| Situation | Régime (repères) |
|---|---|
| Résident des Émirats, rachat | Aucun impôt émirien |
| Résident des Émirats, décès | Aucun impôt émirien ; article 990 I si le bénéficiaire est domicilié en France |
| Installation en France | Régime des résidents français, antériorité conservée |
| Installation dans un autre État de l’Union | Régime local, contrat adapté par l’assureur |
Le droit successoral des Émirats repose sur des principes différents de ceux du droit français, et la pratique a longtemps été incertaine pour les non-musulmans. Les Émirats ont ouvert des solutions : un registre de testaments pour les non-musulmans au Dubai International Financial Centre, et une loi fédérale de 2022 sur le statut personnel des non-musulmans qui permet, sous conditions, d’appliquer la loi nationale du défunt ou un testament. Ces outils progressent mais exigent une mise en place rigoureuse et ne couvrent pas toutes les situations.
Le contrat d’assurance-vie contourne une partie du problème : le capital est versé par l’assureur luxembourgeois au bénéficiaire désigné, en exécution d’un contrat de droit luxembourgeois, sans passer par une procédure successorale locale. Pour une famille française, le règlement européen 650/2012 ne s’applique pas aux Émirats, mais il permet, pour les biens situés dans l’Union, de choisir la loi française ; la clause bénéficiaire se rédige en cohérence avec ce choix et avec le testament local.
Sur le plan fiscal, la convention franco-émirienne du 19 juillet 1989, qui couvre expressément les successions, attribue les biens mobiliers du défunt à l’État dont il était résident au moment du décès ; pour un résident des Émirats, ce sont donc les Émirats, qui n’imposent pas. Mais le prélèvement de l’article 990 I du CGI n’est pas un droit de succession : il s’applique si le bénéficiaire est domicilié en France au décès et l’a été pendant six des dix années précédentes. Des enfants restés en France après le départ de leurs parents entrent dans ce cas.
Les règles du pays de résidence sont décrites à titre de repère, d’après les textes et sources cités en bas de page ; elles évoluent et doivent être confirmées avec un conseil fiscal local avant toute décision. Les règles françaises citées relèvent du Code général des impôts.
Dernière revue le 20 octobre 2026. Cette page est éducative ; elle ne constitue pas un conseil juridique, fiscal ou en assurance. Voir nos normes éditoriales pour la manière dont ce contenu est sourcé et corrigé.
Consultez la politique de confidentialité avant de transmettre des données personnelles. Limitez-les aux informations nécessaires à votre question.