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L’assurance-vie luxembourgeoise expliquée aux familles francophones
Consultation confidentielle
Pays de résidence · Espagne

L’assurance-vie luxembourgeoise pour un résident en Espagne

Barème de l’épargne de 19 % à 30 %, règle spéciale des contrats où le souscripteur choisit lui-même ses placements, modelo 720, impôt sur le patrimoine et droits de succession régionaux : le contrat luxembourgeois fonctionne très bien depuis Madrid, Barcelone, Marbella ou les Baléares, à une condition précise que cette page explique.
10 min de lecture · Revue le 20 octobre 2026 · Sources primaires citées en bas de page
L’essentiel en trente secondes
  • Au rachat, la part de gain est imposée dans la base de l’épargne, par tranches de 19 % à 30 % (30 % au-delà de 300 000 € de revenus de l’épargne).
  • Attention à la règle de l’article 14.2.h de la loi sur l’IRPF : si le souscripteur a la faculté de modifier lui-même les placements du contrat, le gain latent est imposé chaque année. Un contrat structuré avec un gérant mandaté ou des ensembles d’actifs choisis par l’assureur échappe à cette imputation annuelle.
  • Le contrat souscrit à l’étranger se déclare au modelo 720 dès que la valeur de rachat dépasse 50 000 €, et entre dans l’assiette de l’impôt sur le patrimoine et de l’impôt de solidarité sur les grandes fortunes, pour sa valeur de rachat.
  • Au décès, le capital versé à un bénéficiaire désigné relève de l’impôt sur les successions et donations, avec des réductions et bonifications qui varient fortement d’une communauté autonome à l’autre.
  • Les familles franco-espagnoles doivent intégrer le prélèvement français de l’article 990 I lorsque le bénéficiaire est domicilié en France.
Sommaire
  1. Le contrat luxembourgeois vu de Madrid
  2. Fiscalité espagnole du contrat : le différé, à une condition
  3. Transmission : les successions régionales
  4. Le lien avec la France
  5. Questions fréquentes
  6. Sources et références

Le contrat luxembourgeois vu de Madrid

L’Espagne connaît l’assurance-vie en unités de compte sous le nom de unit linked, et le marché domestique en propose depuis longtemps. Ce que le contrat luxembourgeois apporte à une famille fortunée résidente en Espagne est le même triptyque que partout ailleurs : une architecture de supports avec gérant choisi, une protection des actifs sous surveillance luxembourgeoise, et une portabilité pour la famille qui bouge entre l’Espagne, la France et le reste de l’Europe. Souscrit en libre prestation de services, le contrat est soumis au droit fiscal espagnol que l’assureur applique.

Mais l’Espagne a une particularité que le lecteur français ne connaît pas, et qui conditionne tout : la manière dont le contrat est piloté détermine s’il bénéficie du différé d’imposition ou s’il est imposé chaque année sur ses gains latents. C’est l’objet de la section suivante, et c’est la raison pour laquelle un contrat conçu pour la France ne se transporte pas en Espagne sans ajustement. Pour le volet français du départ, notre page non-résident et expatrié reste le point de départ ; pour l’architecture des supports, notre page sur le fonds interne dédié.

Fiscalité espagnole du contrat : le différé, à une condition

Le régime général au rachat

Les rendements d’un contrat d’assurance-vie sont, pour un résident espagnol, des revenus du capital mobilier intégrés dans la base de l’épargne. Seule la différence entre le montant reçu et les primes versées est imposée, au barème de l’épargne : 19 % jusqu’à 6 000 €, 21 % de 6 000 à 50 000 €, 23 % de 50 000 à 200 000 €, 27 % de 200 000 à 300 000 € et 30 % au-delà. Les arbitrages et revenus internes ne sont pas imposés pendant la vie du contrat.

La règle de l’article 14.2.h

La loi espagnole sur l’IRPF retire ce différé aux contrats où le souscripteur assume le risque d’investissement et conserve la main sur les placements. Pour ces contrats, l’article 14.2.h impose chaque année, comme revenu du capital mobilier, la différence entre la valeur liquidative des actifs affectés à la police à la fin et au début de l’exercice. Le différé est maintenu si, pendant toute la vie du contrat, l’une de deux conditions est remplie : soit le souscripteur n’a pas la faculté de modifier les placements affectés à la police, soit les provisions sont investies dans des parts d’organismes de placement collectif prédéterminées au contrat, ou dans des ensembles d’actifs reflétés séparément au bilan de l’assureur, dans lesquels l’assureur détermine les actifs concrets et où le souscripteur ne peut choisir qu’entre les ensembles, sous des règles de diversification.

Pour un contrat luxembourgeois, cela se traduit concrètement : le fonds interne dédié doit être géré par un gérant mandaté, sans que le souscripteur donne d’instructions sur les titres, ou le contrat doit être construit sur des fonds collectifs prédéterminés ou des ensembles d’actifs sélectionnés par l’assureur. Les assureurs qui servent la clientèle espagnole proposent des contrats conçus pour cela ; un contrat conseillé, où le souscripteur garde une influence sur les placements, est à proscrire depuis l’Espagne.

Modelo 720, patrimoine et grandes fortunes

Un résident espagnol doit déclarer au modelo 720 ses biens et droits situés à l’étranger, par catégorie, dès que la valeur dépasse 50 000 € ; les contrats d’assurance-vie souscrits auprès d’assureurs étrangers en font partie, pour leur valeur de rachat au 31 décembre, avec une nouvelle déclaration lorsque la valeur a augmenté de plus de 20 000 €. Le régime de sanctions, jugé disproportionné par la Cour de justice de l’Union européenne en 2022, a été atténué, mais l’obligation demeure.

La valeur de rachat du contrat entre aussi dans l’assiette de l’impôt sur le patrimoine, dont le barème, les exonérations et l’existence même dépendent de chaque communauté autonome, et dans celle de l’impôt de solidarité sur les grandes fortunes, créé au niveau national pour les patrimoines nets supérieurs à trois millions d’euros. Le contrat ne fait disparaître ni l’un ni l’autre ; il organise ce qui est déclaré.

Repères au 20 octobre 2026, à confirmer avec un conseil espagnol.
ÉlémentRégime espagnol (repères)
Rachat, part de gainBase de l’épargne, 19 % à 30 % par tranches
Gains latents, contrat piloté par le souscripteurImputation annuelle (article 14.2.h LIRPF)
Gains latents, gestion mandatée ou ensembles d’actifs de l’assureurDifféré jusqu’au rachat
DéclarationModelo 720 au-delà de 50 000 € ; patrimoine et grandes fortunes sur la valeur de rachat
DécèsImpôt sur les successions et donations, régime régional

Transmission : les successions régionales

Le capital d’une assurance-vie versé à un bénéficiaire désigné au décès de l’assuré n’est pas un revenu pour le bénéficiaire ; il relève de l’impôt sur les successions et donations. Ce que le bénéficiaire paie dépend de deux choses : le barème national, progressif jusqu’à 34 % avant coefficients, et les réductions et bonifications décidées par chaque communauté autonome, qui vont de l’exonération quasi totale en ligne directe dans certaines régions à une imposition substantielle dans d’autres. La résidence du défunt, ou celle du bénéficiaire pour les donations, désigne la région compétente.

Le règlement européen 650/2012 s’applique en Espagne, avec ses particularités : le droit espagnol commun connaît une réserve héréditaire des deux tiers, mais plusieurs régions ont leur propre droit civil successoral. Un Français résident en Espagne peut choisir le droit français pour sa succession ; la clause bénéficiaire se rédige au regard de ce choix.

Pour les familles dont les bénéficiaires vivent en France, le prélèvement de l’article 990 I du CGI s’applique si le bénéficiaire y est domicilié au décès et l’a été six des dix années précédentes. La convention franco-espagnole de 1963 en matière de successions ne couvre pas ce prélèvement, qui n’est pas un droit de succession.

Le lien avec la France

Pour le Français qui s’installe en Espagne, le contrat ouvert avant le départ continue, à condition d’être ajusté au regard de l’article 14.2.h : si le souscripteur disposait en France d’une faculté de choix des supports, l’assureur doit la retirer ou restructurer le contrat avant le changement de résidence. Les rachats relèvent ensuite du seul barème espagnol de l’épargne : la France ne prélève rien sur un contrat luxembourgeois, le prélèvement forfaitaire de l’article 125-0 A ne visant que les contrats souscrits auprès d’assureurs établis en France.

Au retour en France, l’antériorité est conservée et le régime des résidents français s’applique à nouveau.

Points de vigilance
  • Faire restructurer le contrat avant l’installation en Espagne pour satisfaire l’article 14.2.h : gestion mandatée ou ensembles d’actifs de l’assureur, jamais de faculté de choix des titres.
  • Déposer le modelo 720 dès que la valeur de rachat dépasse 50 000 €, puis à chaque augmentation de plus de 20 000 €.
  • Chiffrer l’impôt sur le patrimoine et l’impôt de solidarité sur la valeur de rachat, selon la communauté autonome.
  • Vérifier le régime successoral de la région de résidence et, pour les bénéficiaires en France, l’article 990 I.

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Questions courantes

Questions fréquentes

Comment est imposée une assurance-vie luxembourgeoise en Espagne ?
Au rachat, la part de gain est imposée dans la base de l’épargne, par tranches de 19 % à 30 %. Les arbitrages ne sont pas imposés pendant la vie du contrat, à condition que le contrat respecte l’article 14.2.h de la loi sur l’IRPF.
Qu’est-ce que la règle de l’article 14.2.h et pourquoi est-elle décisive ?
Elle impose chaque année les gains latents des contrats où le souscripteur a la faculté de modifier lui-même les placements. Le différé d’imposition est maintenu si le souscripteur n’a pas cette faculté, ou si les actifs sont des fonds prédéterminés ou des ensembles d’actifs choisis par l’assureur. Un contrat luxembourgeois pour l’Espagne se construit avec un gérant mandaté, sans instructions du souscripteur sur les titres.
Faut-il déclarer le contrat au modelo 720 ?
Oui, dès que la valeur de rachat des contrats d’assurance étrangers dépasse 50 000 €, puis de nouveau lorsque cette valeur a augmenté de plus de 20 000 €. La valeur de rachat entre aussi dans l’assiette de l’impôt sur le patrimoine et de l’impôt de solidarité sur les grandes fortunes.
Le capital décès est-il taxé en Espagne ?
Il relève de l’impôt sur les successions et donations, et non de l’IRPF. Le montant dû dépend du barème national et des réductions et bonifications de la communauté autonome compétente, qui vont de l’exonération quasi totale à une imposition substantielle.
Puis-je garder mon contrat français ou luxembourgeois en m’installant en Espagne ?
Oui, mais il faut vérifier avant le départ qu’il respecte l’article 14.2.h ; un contrat où le souscripteur choisit ses supports doit être restructuré, faute de quoi ses gains latents seront imposés chaque année en Espagne.
Mes enfants domiciliés en France paieront-ils quelque chose au décès ?
Potentiellement le prélèvement de l’article 990 I du CGI, s’ils sont domiciliés en France au décès et l’ont été six des dix années précédentes, en plus de l’impôt espagnol sur les successions selon la région compétente.

Sources et références

Les règles du pays de résidence sont décrites à titre de repère, d’après les textes et sources cités en bas de page ; elles évoluent et doivent être confirmées avec un conseil fiscal local avant toute décision. Les règles françaises citées relèvent du Code général des impôts.

Dernière revue le 20 octobre 2026. Cette page est éducative ; elle ne constitue pas un conseil juridique, fiscal ou en assurance. Voir nos normes éditoriales pour la manière dont ce contenu est sourcé et corrigé.

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