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L’assurance-vie luxembourgeoise expliquée aux familles francophones
Consultation confidentielle
Non-résident · Expatriation

L’assurance-vie luxembourgeoise pour non-résident et expatrié

Ce qui se passe quand on quitte la France avec un contrat, ce que paie un non-résident au moment du rachat selon que le contrat est luxembourgeois ou français, et pourquoi le contrat luxembourgeois est construit pour suivre une famille d’un pays à l’autre.
16 min de lecture · Revue le 20 octobre 2026 · Sources primaires citées en bas de page
L’essentiel en trente secondes
  • Quitter la France ne dénoue pas le contrat et ne déclenche pas d’exit tax.
  • Au rachat d’un contrat luxembourgeois, un non-résident ne paie rien en France : seul son pays de résidence impose les gains. Un contrat souscrit auprès d’un assureur français reste soumis au prélèvement de 12,8 % ou 7,5 %, que la convention fiscale peut réduire.
  • Au décès, la France n’impose que si l’assuré y est domicilié, ou si le bénéficiaire l’a été six ans sur les dix dernières années.
Sommaire
  1. Deux situations, un même contrat
  2. Partir de France : ce que le départ change, et ce qu’il ne change pas
  3. Ce que paie un non-résident au rachat
  4. Transmission : la règle des six ans sur dix
  5. Souscrire avant ou après le départ ?
  6. Questions fréquentes
  7. Sources et références
Mobilité

Deux situations, un même contrat

Le mot « expatrié » recouvre deux cas qui ne se traitent pas de la même façon. Il y a la famille installée en France qui prépare un départ, avec un contrat déjà ouvert ou un contrat à ouvrir avant de partir. Et il y a le non-résident, Français de l’étranger ou étranger tout court, qui vit déjà à Dubaï, Lisbonne, Genève ou Bruxelles et qui cherche une enveloppe capable de tenir dans la durée, quel que soit le prochain pays.

Dans les deux cas, la question centrale est la même : qui impose quoi, et à quel moment. Le Luxembourg n’impose rien. La France impose ce qui la concerne encore, selon des règles précises qui changent le jour où la résidence fiscale change. Le pays d’accueil applique son propre régime. Et le contrat, lui, doit pouvoir absorber ces changements sans être dénoué.

Cette page traite du contrat lui-même. Pour la mécanique générale (supports, protection, frais), le point de départ reste notre guide de l’assurance-vie luxembourgeoise. Pour le régime propre à chaque pays d’accueil, notre série pays par pays couvre la Belgique, la Suisse, le Portugal, les Émirats, l’Italie, l’Espagne et Monaco.

Pourquoi le contrat luxembourgeois voyage mieux qu’un contrat français

Un contrat souscrit auprès d’une banque ou d’un assureur français est conçu pour un résident français. Il ne disparaît pas quand on s’installe à l’étranger, mais son environnement se dérègle : la documentation n’est pas prévue pour le droit du nouveau pays, certains supports cessent d’être accessibles, le service client n’a pas l’habitude des questions transfrontalières, et il arrive qu’un assureur français refuse purement et simplement de nouveaux versements d’un non-résident.

Les compagnies luxembourgeoises ont fait de cette situation leur métier. Elles émettent en libre prestation de services dans toute l’Union européenne et l’Espace économique européen, sous la surveillance du Commissariat aux Assurances, et elles servent une clientèle qui change de pays. Quand le souscripteur déménage, l’assureur ajuste le fonctionnement du contrat au droit du nouvel État : reporting fiscal, documentation, parfois univers de supports. C’est ce que nous appelons la portabilité, et c’est l’un des trois motifs sérieux de souscrire un contrat luxembourgeois, avec l’architecture FID et FAS et le triangle de sécurité.

Hors de l’Union, tout dépend des agréments de la compagnie et du droit local. Certaines destinations sont servies couramment (Monaco, les Émirats, Singapour, le Royaume-Uni pour les contrats souscrits avant le départ). D’autres sont fermées ou soumises à des conditions strictes : la Suisse, où les assureurs étrangers ne peuvent pas démarcher sans agrément local, et les États-Unis, où la quasi-totalité des assureurs luxembourgeois refusent les US persons. Avant tout projet, la première question à poser à l’assureur est donc : « Acceptez-vous un souscripteur résident de tel pays, et continuerez-vous à le servir s’il part vers tel autre ? »

Partir de France : ce que le départ change, et ce qu’il ne change pas

Le transfert du domicile fiscal hors de France ne dénoue pas le contrat et ne déclenche aucune imposition sur les gains latents. L’exit tax de l’article 167 bis du CGI vise les droits sociaux, valeurs mobilières et titres détenus en direct au-delà de certains seuils ; les contrats d’assurance-vie et de capitalisation ne sont pas dans son champ. Le contrat continue, avec son antériorité fiscale intacte : un contrat ouvert en 2019 a toujours huit ans en 2027, que l’on vive à Paris ou à Lisbonne.

Ce qui change, c’est le régime applicable aux rachats et aux obligations déclaratives. L’obligation de déclarer un contrat étranger sur le formulaire 3916-3916 bis, prévue par l’article 1649 AA du CGI, pèse sur les personnes domiciliées en France. Elle est encore due pour l’année du départ, avec la déclaration de revenus de la période de résidence, puis elle cesse. Nous la détaillons sur notre page consacrée à la déclaration 3916.

Trois gestes pratiques évitent la plupart des ennuis. Prévenir l’assureur avant le départ, parce que le changement de résidence est une obligation contractuelle et parce qu’il conditionne la fiscalité que l’assureur appliquera aux rachats. Relire la clause bénéficiaire, dont la validité civile et les effets dépendent désormais du droit du nouveau pays. Et vérifier si le pays d’accueil impose lui aussi une déclaration du contrat : l’Espagne avec le modelo 720, l’Italie avec le quadro RW, pour ne citer que deux voisins.

Ce que paie un non-résident au rachat

La réponse dépend d’une question que l’on oublie souvent de poser : auprès de qui le contrat a-t-il été souscrit ? Le droit français ne traite pas de la même façon un contrat émis par un assureur établi en France et un contrat émis par une compagnie luxembourgeoise. Les deux cas se lisent séparément.

Contrat luxembourgeois : la France ne prélève rien au rachat

Le prélèvement forfaitaire que la France applique aux non-résidents, prévu au II bis de l’article 125-0 A du CGI, ne vise que les produits des contrats « souscrits auprès d’entreprises d’assurance établies en France », comme le rappelle la doctrine administrative (BOI-RPPM-RCM-30-10-20-10, § 10). Un contrat émis par une compagnie luxembourgeoise n’entre pas dans ce champ. Pour un souscripteur qui n’est plus domicilié en France, le rachat d’un contrat luxembourgeois ne donne donc lieu à aucun impôt français : ni le prélèvement de 12,8 % ou 7,5 %, ni les prélèvements sociaux de 17,2 %, qui ne sont pas dus par un non-résident sur les produits de placement. Aucune attestation de résidence n’a à être produite à ce titre, et le formulaire 5000 n’a pas d’objet ici. Le Luxembourg, de son côté, n’impose pas les produits d’assurance-vie perçus par un non-résident du Grand-Duché. Ce qui reste, c’est l’impôt du pays de résidence, et lui seul.

Deux réserves. La première tient à la résidence fiscale elle-même : elle s’apprécie au regard de l’article 4 B du CGI et de la convention applicable, pas du pays où l’on passe l’hiver ; un Français installé à Monaco, par exemple, reste dans la plupart des cas imposable en France. La seconde tient au calendrier : un rachat effectué après un retour en France relève à nouveau du régime des résidents, l’antériorité du contrat étant conservée. Le calcul du gain contenu dans un rachat partiel, identique quel que soit le pays qui l’impose, est expliqué dans notre article sur le rachat partiel d’une assurance-vie luxembourgeoise.

Contrat français : le prélèvement de l’article 125-0 A

Un non-résident qui a conservé un contrat souscrit auprès d’un assureur établi en France est, lui, dans le champ du prélèvement forfaitaire libératoire. Seule la part de gain contenue dans le rachat est imposée ; la part de capital ne l’est jamais. Les taux dépendent de l’ancienneté du contrat et de la date des versements :

  • Primes versées depuis le 27 septembre 2017 : 12,8 % si le contrat a moins de huit ans. Après huit ans, 7,5 % sur les produits attachés aux 150 000 premiers euros de primes nettes, et 12,8 % au-delà.
  • Primes versées avant le 27 septembre 2017 : 35 % avant quatre ans, 15 % entre quatre et huit ans, 7,5 % après huit ans.
  • Pas de prélèvements sociaux. La CSG et la CRDS, soit 17,2 %, ne sont pas dues par un non-résident sur les produits de placement, à condition de justifier de sa résidence fiscale au moment du rachat.
  • Pas d’abattement. L’abattement annuel de 4 600 € ou 9 200 € après huit ans est réservé aux résidents. Le non-résident ne peut pas non plus opter pour le barème progressif.
  • État ou territoire non coopératif : le taux est porté à 75 %.

La convention fiscale entre la France et le pays de résidence peut ensuite réduire ce prélèvement, parfois à zéro. Les produits d’assurance-vie y sont le plus souvent traités comme des intérêts. Selon les conventions en vigueur telles que les assureurs les appliquent, le prélèvement français tombe à 0 % pour un résident du Luxembourg, de la Suisse, de l’Allemagne ou du Royaume-Uni, à 10 % (7,5 % après huit ans) pour l’Espagne ou l’Italie, et à 15 % (7,5 % après huit ans) pour la Belgique. L’application du taux conventionnel n’est pas automatique : elle suppose de fournir à l’assureur français une attestation de résidence fiscale, en pratique le formulaire 5000 visé par l’administration du pays de résidence, avant le rachat. Sans ce document, l’assureur retient le taux de droit interne.

Et le pays d’accueil ?

C’est lui qui décide de l’essentiel, et c’est là que les généralités deviennent dangereuses. Quelques repères, à vérifier avec un conseil local avant toute décision :

  • Belgique. Une taxe de 2 % frappe les primes versées par un résident belge. Les contrats en unités de compte relèvent ensuite d’un régime propre, en général favorable sur les produits, qui ne ressemble pas au régime français.
  • Suisse. La valeur de rachat entre dans l’assiette de l’impôt cantonal sur la fortune. Le traitement des produits dépend de la qualification du contrat en droit suisse et des conditions tenant à l’âge et à la durée ; un contrat conçu pour la France ne remplit pas toujours ces conditions.
  • Italie. Les gains sont imposés au rachat par un impôt substitutif, au taux de droit commun de 26 % sur les revenus financiers, et le contrat étranger se déclare chaque année.
  • Espagne. Les produits relèvent du barème de l’épargne, de 19 % à 30 % selon le montant, et le contrat étranger figure sur la déclaration des biens à l’étranger.
  • Portugal. Les produits sont imposés à 28 %, avec une exclusion partielle de la base imposable après cinq ans puis après huit ans de contrat.
  • Monaco, Émirats arabes unis. Aucun impôt local sur le revenu des personnes physiques. Attention toutefois : un Français installé à Monaco reste, dans la plupart des cas, imposable en France comme s’il y résidait, en vertu de la convention franco-monégasque de 1963.

Pour une famille qui compare plusieurs destinations, notre page juridictions et notre analyse Suisse et Liechtenstein complètent ces repères du côté de l’assureur, non du côté du souscripteur.

Transmission : la règle des six ans sur dix

Au décès de l’assuré, la France conserve un droit d’imposer dans deux cas, définis par l’article 990 I du CGI pour les primes versées avant soixante-dix ans : si l’assuré était domicilié en France au moment du décès, ou si le bénéficiaire y est domicilié au moment du décès et l’a été pendant au moins six des dix années précédentes. Un assuré parti vivre à l’étranger depuis longtemps, dont les enfants vivent eux aussi hors de France, sort donc du champ du prélèvement de 20 % et 31,25 %. Un assuré expatrié dont les enfants sont restés à Paris n’en sort pas.

Pour les primes versées après soixante-dix ans, l’article 757 B renvoie aux droits de succession, dont la territorialité suit la même logique : domicile du défunt, domicile des héritiers sur six des dix dernières années, situation des biens. Les conventions fiscales en matière de succession, bien moins nombreuses que celles sur le revenu, peuvent modifier ce partage.

Le droit civil est l’autre moitié du sujet. Depuis le règlement européen 650/2012, la succession d’une personne décédée dans l’Union est en principe régie par la loi de sa dernière résidence habituelle, sauf si elle a choisi, par testament, la loi de sa nationalité. Ce choix se prépare. La réserve héréditaire française, la validité de la clause bénéficiaire, le sort du conjoint survivant : tout cela dépend de la loi applicable, et un contrat luxembourgeois bien construit n’exonère pas de régler la question. Nos pages transmission et succession et clause bénéficiaire détaillent les options.

Souscrire avant ou après le départ ?

La fiscalité du rachat dépend de la résidence au jour du rachat, pas de la résidence au jour de la souscription. Souscrire avant de partir ne « verrouille » donc aucun régime. En revanche, cela fait courir l’antériorité fiscale plus tôt, ce qui compte si un retour en France est envisagé, et cela se fait dans un cadre documentaire que l’assureur connaît parfaitement.

Souscrire une fois installé à l’étranger est possible auprès des assureurs luxembourgeois qui acceptent le pays en question. Le dossier est plus lourd : justificatif de résidence, auto-certification de résidence fiscale au titre de l’échange automatique d’informations, origine des fonds documentée, parfois attestation de résidence pour l’application d’une convention. Les seuils d’accès aux supports restent ceux de la lettre circulaire 26/1 du Commissariat aux Assurances, identiques quel que soit le pays de résidence.

Dans les deux cas, la question de l’adéquation précède celle du calendrier. Un contrat que l’on n’est pas certain de garder quinze ans ne devrait pas être ouvert, en France ou ailleurs ; nous le disons sans détour sur notre page à qui s’adresse le contrat, et le raisonnement de point mort est exposé sur frais et seuil de rentabilité.

Revenir en France

Le retour inverse le mouvement, sans casser le contrat. L’antériorité est conservée, le régime des résidents s’applique à nouveau aux rachats (prélèvements sociaux compris), l’article 990 I redevient applicable au décès, et la déclaration 3916 reprend avec la première déclaration de revenus établie comme résident. Les familles qui rentrent après plusieurs années à l’étranger ont intérêt à faire examiner le régime des impatriés de l’article 155 B du CGI, qui exonère pour moitié, pendant huit ans, certains revenus de capitaux mobiliers de source étrangère ; son application aux produits d’un contrat luxembourgeois dépend de la situation et doit être vérifiée au cas par cas.

Pour les familles dont la mobilité est la règle et non l’exception, notre analyse quitter la France : le contrat vous suit prolonge cette page du côté de la protection du patrimoine.

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Questions courantes

Questions fréquentes

Un expatrié peut-il garder son assurance-vie luxembourgeoise après avoir quitté la France ?
Oui. Le contrat n’est pas dénoué par le changement de résidence et conserve son antériorité fiscale. L’assureur doit être informé du nouveau pays de résidence ; il adapte le reporting et, si nécessaire, la documentation. Hors Union européenne, il faut vérifier que la compagnie accepte de continuer à servir un résident de ce pays.
Quelle fiscalité au rachat pour un non-résident de France ?
Cela dépend de l’assureur. Sur un contrat émis par une compagnie luxembourgeoise, la France ne prélève rien : le prélèvement du II bis de l’article 125-0 A du CGI ne vise que les contrats souscrits auprès d’assureurs établis en France, et les prélèvements sociaux ne sont pas dus par un non-résident. Seul le pays de résidence impose les produits, selon son propre régime. Sur un contrat souscrit auprès d’un assureur français, la France applique un prélèvement forfaitaire sur la seule part de gain, 12,8 % avant huit ans puis 7,5 % sur les produits des 150 000 premiers euros de primes, sans prélèvements sociaux ni abattement, que la convention fiscale peut réduire, parfois à zéro, sur présentation du formulaire 5000.
Faut-il payer l’exit tax sur une assurance-vie en quittant la France ?
Non. L’article 167 bis du CGI vise les droits sociaux, valeurs mobilières et titres détenus en direct. Les contrats d’assurance-vie et de capitalisation ne sont pas dans son champ. Aucune imposition n’est déclenchée par le départ sur les gains latents du contrat.
Le formulaire 3916 reste-t-il obligatoire pour un non-résident ?
Non. L’obligation de l’article 1649 AA du CGI pèse sur les personnes domiciliées en France. Elle est encore due pour l’année du départ, avec la déclaration de revenus de la période de résidence française, puis elle cesse tant que l’on reste non-résident. Elle reprend en cas de retour.
Un non-résident vivant à l’étranger peut-il souscrire un contrat luxembourgeois ?
Oui, si l’assureur accepte le pays de résidence. Dans l’Union européenne, la libre prestation de services le permet. Hors Union, cela dépend des agréments de la compagnie et du droit local : les Émirats, Monaco ou Singapour sont servis couramment, la Suisse et les États-Unis sont restreints ou fermés. Le dossier exige un justificatif de résidence, une auto-certification de résidence fiscale et une documentation de l’origine des fonds.
Les bénéficiaires d’un expatrié paient-ils le prélèvement de 20 % en France ?
Seulement si l’assuré était domicilié en France au décès, ou si le bénéficiaire y est domicilié au décès et l’a été pendant au moins six des dix années précédentes, pour les primes versées avant soixante-dix ans. Dans les autres cas, la France ne prélève pas, et c’est le droit du pays de résidence qui s’applique. La loi civile applicable à la succession est une question distincte, réglée par le règlement européen 650/2012 et, le cas échéant, par un choix de loi fait par testament.

Sources et références

Les règles décrites ici relèvent du droit français et du droit de l’Union européenne. Les régimes des pays d’accueil sont cités à titre de repère et doivent être vérifiés avec un conseil local avant toute décision.

Dernière revue le 20 octobre 2026. Cette page est éducative ; elle ne constitue pas un conseil juridique, fiscal ou en assurance. Voir nos normes éditoriales pour la manière dont ce contenu est sourcé et corrigé.

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